Un phare et un ami

Allocution de S. Exc. Monseigneur Louis Sankalé, évêque de Nice

à Cimiez, le 23 octobre 2010, pour l'inauguration de la place et du buste de Jean-Paul II

 

C'est avec une certaine émotion que je prends la parole, au moment où la place qui nous accueille reçoit le nom du grand pape que fut Jean-Paul II. Soyez félicité et remercié, Monsieur le Maire, pour cette initiative qui ajoute à notre belle cité, déjà riche des héros que l'Histoire lui a confiés, la figure d'un témoin en qui le peuple, d'instinct, voyait un phare et un ami. On a pu dire de Karol Wojtyla que, devant lui, les grands se sentaient petits, et que les petits se sentaient grands. Géant de l'histoire, il a lutté de toutes ses forces contre ce qui blesse et entrave la vie dans le domaine politique. Affronté aux deux grands totalitarismes du XXe siècle, il a combattu le nazisme et largement contribué à la chute de l'empire soviétique. Mais il a aussi combattu tout ce qui, dans le libéralisme, pouvait conduire à une civilisation de mort : il fut le Pape des droits de l'homme. C'est pourquoi il fut aussi le défenseur de la vie, de son commencement jusqu'à son terme. Géant de l'Eglise, il a lutté de toutes ses forces contre ce qui blesse et entrave la vie spirituelle et l'esprit de communion. Il a mis en œuvre les orientations du Concile Vatican II avec détermination. Pape du dialogue œcuménique, du dialogue interreligieux, de la purification de la mémoire, il a su donner, en particulier par ses voyages, à chaque Eglise particulière une fierté nouvelle et le dynamisme nécessaire à la "nouvelle évangélisation". Géant de la foi, il a lutté de toutes ses forces contre ce qui blesse et entrave la vie de relation avec Dieu, et ce fut le sens du Jubilé de l'An 2000. A temps et à contre temps, il a affirmé que le Christ est le chemin qui mène au bonheur en conduisant au Père dans l'Esprit, mais aussi en conduisant à l'homme. Respectueux des consciences, ce fut un pape ne transigeant pas sur la vérité et exigeant dans sa confiance : il a refusé que l'homme se laisse aller à sa médiocrité et sans cesse a appelé à la conversion, à l'intelligence, à l'engagement, à la fidélité. Jean Paul II a porté une attention particulière à notre pays qu'il a visité huit fois, mettant à profit chaque étape de ce pèlerinage en France pour faire mémoire de notre histoire spirituelle, en appeler à nos valeurs et nous renouveler dans la foi. Nous avons vécu ensemble des moments forts dont plusieurs sont aussi des souvenirs personnels, et dont les images évoquent une sorte de cœur à cœur avec lui : le Pape avec les malades à Lourdes après son attentat, le Pape à Ars auprès des prêtres, le Pape à Saint-Laurent sur Sèvres, évoquant le souvenir de Louis-Marie Grignon de Montfort dont l'amour pour la Vierge Marie l'a tellement marqué, le Pape à La Réunion au milieu de nos compatriotes des Îles, le Pape à Sainte-Anne d'Auray avec les familles, le Pape à Tours auprès des blessés de la vie, le Pape au milieu des jeunes du Parc des Princes à Longchamp, le Pape à la grotte de Massabielle, le 15 août 2004. Aujourd'hui, Jean-Paul II est à Nice. Son buste, au milieu de cette place qui portera désormais son nom, rappellera aux paroissiens du monastère de Cimiez et aux promeneurs qui aiment à venir nombreux sur ces hauteurs embaumées, mais aussi à toutes celles et ceux qui gardent mémoire de l'Histoire, la figure d'un témoin qui sut jusqu'au bout incarner la passion pour l'homme que sa foi lui dictait. Enfin n'oublions pas que le nom de Jean-Paul II reste attaché à ce qu'il est convenu d'appeler l'esprit d'Assise, depuis qu'en 1986, il organisa dans la cité de Saint François un rassemblement interreligieux mondial. C'est pour le 20e anniversaire de ce rassemblement, en 2006, que de jeunes niçois - juifs, musulmans et chrétiens - organisèrent, au printemps 2007, une "marche des croyants" encore présente dans tous les esprits. Monsieur le Maire, je ne sais si ce souvenir a dicté le choix de l'emplacement de cette place Jean-Paul II. Permettez que j'y voie un clin d'œil de la Providence... Le fait que ce buste prenne aujourd'hui place à l'ombre d'un monastère confié aux fils du "poverello" d'Assise, est aussi un signe qui invite au dialogue, à la rencontre et au respect. Puissions-nous nous en souvenir, en ces temps d'incertitude.